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Dessalines né aux Gonaïves » : Wilner Joseph répond à la polémique et dénonce une diversion

il y a 10 minutes
4 min de lecture

La phrase a fait le tour des réseaux sociaux et alimenté les commentaires : « Dessalines est né aux Gonaïves. » Pour certains, il s’agirait d’une erreur historique. Pour d’autres, d’une déclaration à exploiter politiquement contre Wilner Joseph.

Joint au téléphone par notre rédaction afin de clarifier ses propos, Wilner Joseph assume la formule, mais rejette catégoriquement l’interprétation littérale qui lui est attribuée.

« Je n’ai jamais parlé d’une naissance biologique. Je parlais d’une naissance politique et historique. C’était une métaphore », nous explique-t-il.

Pour lui, la nuance est fondamentale. Il ne s’agissait nullement de réécrire le lieu de naissance biologique de Jean-Jacques Dessalines, mais de rappeler ce que représentent les Gonaïves dans la construction de la nation haïtienne.

« Les Gonaïves sont le lieu où le combattant de la liberté devient, devant l’Histoire, le père d’une nation indépendante. C’est là que la victoire militaire et révolutionnaire se transforme en acte politique fondateur. Si Haïti a un cordon ombilical historique, une partie essentielle de ce cordon est enterrée aux Gonaïves », précise Wilner Joseph.

Quand la métaphore devient polémique

Mais derrière la controverse sémantique, Wilner Joseph dit voir une stratégie politique beaucoup plus large.

Selon lui, certains de ses détracteurs auraient volontairement isolé quelques mots de leur contexte afin de déplacer le débat et de détourner l’attention de ce qui les inquiète véritablement : la dynamique politique qui se construit autour de la plateforme VIKTWA et le rassemblement de plusieurs forces politiques autour d’un même projet.

« Ils ne discutent pas de la métaphore. Ils ont peur de ce qu’il y a derrière cette mobilisation. Ils voient des partis qui hier évoluaient séparément commencer à regarder dans une même direction. Ils voient la possibilité de sortir enfin de la logique interminable de la transition. Voilà le véritable débat », affirme-t-il.

Et c’est précisément là que sa réponse prend une dimension politique.

Ils ont peur parce qu’ils voient la transition sur le chemin de sa fin.

Ils ont peur, poursuit-il, parce qu’une population épuisée par les crises successives recommence à croire qu’un retour à la normalité est possible.

Ils ont peur parce qu’ils voient la sécurité pouvoir revenir dans nos quartiers.

Ils ont peur parce qu’ils imaginent l’eau recommencer à couler dans les robinets des familles haïtiennes.

Ils ont peur parce qu’ils voient le riz recommencer à pousser dans les plaines de l’Artibonite, plutôt que le pays demeure éternellement dépendant de ce qu’il importe.

Ils ont peur parce qu’ils voient la possibilité que les grandes institutions publiques retrouvent leur vocation : l’INAGHEI, la Faculté de Médecine, Damien, l’Hôpital général, pour ne citer que celles-là, redevenant des symboles d’un État qui fonctionne au service de ses citoyens.

Voilà, selon Wilner Joseph, le véritable enjeu qu’une polémique sur quelques mots ne devrait pas réussir à masquer.

Gonaïves, lieu d’une naissance politique

L’explication mérite néanmoins d’être entendue dans son sens précis.

Dire métaphoriquement que « Dessalines est né aux Gonaïves », ce n’est pas affirmer que l’homme Jean-Jacques Dessalines y est biologiquement venu au monde. C’est évoquer la naissance politique d’une figure qui, avec la proclamation de l’indépendance, entre définitivement dans l’Histoire comme fondateur d’un État libre.

Il existe des lieux où naissent les hommes. Et il existe des lieux où naissent les symboles.

Dans la pensée exprimée par Wilner Joseph, Dessalines appartient à la première catégorie par sa naissance biologique, mais les Gonaïves consacrent sa seconde naissance : celle du chef révolutionnaire devenu père fondateur d’Haïti indépendante.

Les Gonaïves ne sont donc pas ici une maternité biologique. Elles sont une maternité politique de la nation haïtienne.

C’est là que la rupture avec l’ordre colonial est proclamée devant le monde. C’est là que le combat cesse d’être uniquement une révolution victorieuse pour devenir officiellement un pays : Haïti.

Et c’est en ce sens que l’image du « cordon ombilical » prend toute sa force : aux Gonaïves est symboliquement enterré le cordon ombilical de l’indépendance nationale.

Au-delà d’une phrase, le débat sur le pays

On peut aimer ou ne pas aimer une métaphore. On peut discuter de sa formulation. C’est le propre du débat public. Mais transformer volontairement une image politique en affirmation biologique pour éviter de discuter du fond serait une manière bien pauvre d’aborder les défis auxquels Haïti fait face.

Car la vraie question n’est finalement pas de savoir combien de jours une phrase pourra alimenter les micros et les réseaux sociaux.

La vraie question est de savoir quel pays les Haïtiens veulent reconstruire après tant d’années de transition, d’insécurité et d’affaiblissement institutionnel.

Un pays où les agriculteurs de l’Artibonite produisent à nouveau.

Un pays où l’université publique forme normalement ses étudiants.

Un pays où les hôpitaux soignent.

Un pays où l’eau arrive dans les maisons.

Un pays où l’État reprend sa place.

Un pays où la sécurité n’est plus un privilège.

Et surtout, un pays où l’élection et la légitimité démocratique redeviennent la règle plutôt que l’exception.

« Qu’ils discutent de ma métaphore s’ils le souhaitent. Nous, nous continuerons à discuter de l’avenir d’Haïti », conclut Wilner Joseph.

Au fond, derrière cette polémique autour de Dessalines et des Gonaïves se cache peut-être une bataille beaucoup plus contemporaine : celle entre ceux qui se sont accommodés d’une transition sans fin et ceux qui veulent convaincre les Haïtiens qu’il est encore possible de remettre le pays debout.


Ketel Guillaume

 
 
 

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