
Lettre ouverte de Jean-Henry Céant au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé : Un appel au sursaut national face à la crise haïtienne
- 22 janv.
- 3 min de lecture
Dans un contexte de transition politique fragile et d'incertitudes institutionnelles grandissantes, l'ancien Premier ministre haïtien Jean-Henry Céant a adressé une lettre ouverte au Premier ministre en exercice, Alix Didier Fils-Aimé. Publiée ce jour, cette missive met en lumière les défis imminents que traverse Haïti à l'approche du 7 février 2026, date symbolique marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Céant y exhorte à un "dépassement" collectif pour éviter une nouvelle impasse, soulignant l'urgence d'un consensus national.
La lettre, intitulée "Le 7 février 2026 face l’épreuve du dépassement", s'ouvre sur une invocation patriotique, rappelant que cette échéance n'est pas une simple formalité administrative mais un "rendez-vous avec l'Histoire". Jean-Henry Céant, figure politique connue pour son passage au pouvoir en 2018-2019 sous la présidence de Jovenel Moïse, critique ouvertement la gestion actuelle de la transition. Il pointe du doigt l'échec du CPT, particulièrement sous la direction de Laurent Saint-Cyr, à créer les conditions d'un sursaut collectif. "Le rendez-vous avec l’Histoire a été manqué", écrit-il, tout en insistant sur la possibilité de "corriger la trajectoire" par un rejet des divisions passées.
Rappelant ses précédents appels publics; un "cri d’alarme" lancé le 28 mai 2025 avec le slogan "S’unir ou périr", et une adresse spécifique à Laurent Saint-Cyr le 16 juin 2025, Céant propose un cadre concret pour sortir de la crise. Il plaide pour un "accord sociétal et politique global" incluant plusieurs mesures clés :
La création d'un organe indépendant pour surveiller l'action gouvernementale.
La définition d'un calendrier pour instaurer un pouvoir légitime issu d'élections.
Une stratégie nationale pour restaurer la sécurité sur l'ensemble du territoire.
Un plan de sauvetage économique contraignant pour les futurs gouvernements.
Un consensus sur les règles démocratiques et la mise en place d'une Assemblée constituante pour une nouvelle Constitution, soumise à référendum.
Un processus électoral crédible et inclusif.
Une gouvernance de transition menant à une stabilité durable.
Ces propositions, selon Céant, ne sont pas utopiques mais "vitales pour préserver l’existence même de la République". Il place le Premier ministre Fils-Aimé au centre de cette responsabilité, en vertu de la Constitution de 1987 et du décret du 24 mai 2024, qui le positionneraient comme figure institutionnelle clé après le départ des neuf membres du CPT le 7 février 2026.
Le ton de la lettre est empreint d'urgence et d'optimisme mesuré : "Il est tard. Très tard. Mais il n’est pas trop tard." Céant appelle à rejeter les "ego, intérêts sectoriels, rancunes politiques" au profit d'une unité nationale, fidèle à la devise haïtienne "L’Union fait la force". Il insiste sur la nécessité de "rechercher LE VRAI CONSENSUS" pour renforcer la légitimité par l'inclusion et le dialogue, loin de la fragmentation et de l'improvisation qui minent le pays depuis des années.
Cette intervention survient dans un climat politique haïtien marqué par une instabilité chronique. Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, Haïti fait face à une vacance présidentielle prolongée, aggravée par la violence des gangs, une crise humanitaire et des retards dans l'organisation d'élections. Le CPT, installé en 2024 pour orchestrer une transition vers des scrutins, a été critiqué pour son manque d'efficacité et ses divisions internes. La nomination d'Alix Didier Fils-Aimé comme Premier ministre en septembre 2025 visait à stabiliser la situation, mais les défis persistent, avec une insécurité rampante et une économie en berne.
Des observateurs politiques estiment que cette lettre pourrait relancer le débat sur la réforme institutionnelle. "Céant joue le rôle de conscience nationale, en rappelant que sans unité, Haïti risque le chaos", commente un analyste basé à Port-au-Prince, qui préfère rester anonyme. Cependant, d'autres soulignent le risque de polarisation accrue, Céant étant perçu par certains comme un acteur du passé cherchant à regagner de l'influence.
Pour l'heure, aucune réaction officielle n'a émané du bureau du Premier ministre Fils-Aimé. Cette lettre ouverte pourrait toutefois servir de catalyseur pour des négociations élargies, alors que le compte à rebours vers le 7 février 2026 s'accélère. Dans un pays où les transitions se succèdent sans résolution durable, l'appel de Céant à "réussir par l’engagement" résonne comme un ultimatum à l'élite politique : unir ou périr.
La Rédaction




Commentaires